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Ministère
de la Culture, des Arts et du Tourisme - 03 BP 7007 Ouagadougou 01 - Tél
: (226) 50 33 09 64 - |
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LE
PAYS LOBI
: géographie,
histoire et société
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SITUATION
GEOGRAPHIQUE |
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| Le
pays Lobi
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Répartition
du peuple Lobi et de leurs voisins
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Le
pays Lobi est situé entre 9° et
11° de latitude nord et entre 2°30'
et 4° de longitude ouest. Il s'étend
sur le Ghana, la Côte d'Ivoire et le
Burkina Faso. Le
terme "Lobi" désigne un ensemble
de groupes ethniques dont les principaux sont
les Birifor, les Dagara, les Gans et les Lobi
proprement dits. Tous originaires du Ghana,
ils ont traversé le fleuve Mouhoun
à partir de la fin du XVIIIème
siècle pour s'établir, en vagues
successives, à l'intérieur du
pays, à la recherche de terres fertiles.
Ils forment aujourd'hui une population d'environ
160 000 habitants, dont la majorité
vit au Burkina Faso.
Tout
en parlant des langues très différentes,
Lobi, Birifor et Dagara partagent de nombreux
traits culturels. L'un des traits les plus
frappants concerne la division de la société
en quatre matriclans :
| Lobi |
Kambou |
Hien |
Da |
Somé/Palé |
| Birifor |
Kambiré |
Hien |
Da |
Somé/Palenfo |
| Dagara |
Kambiré |
Hienbé |
Da |
Somé |
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Environnement
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Le
pays lobi se situe dans la zone climatique
dite sud-soudanienne. Cette région
du sud-ouest du Burkina, très vallonée,
est drainée par de multiples petits
cours d'eau.
En
parcourant le pays pendant la saison des pluies,
le visiteur sera séduit par les couleurs
éclatantes et les grands espaces humides
et verts. Ca et là, il sera frappé
par d''imposantes constructions en terre émergeant
des hautes herbes: les " cuor ",
habritant des familles souvent polygames.
Il ne trouvera pas grand-monde à la
maison, toute la famille étant occupée
aux travaux des champs. En effet, les Lobi
tirent l'essentiel de leur subsistance de
l'agriculture, et en premier lieu de la culture
du mil mais aussi du sorgho (qui intervient
dans la préparation de la bière
de mil), de l'igname, de l'arachide, du maïs
(une culture de soudure) et du haricot. Mais
dès
la fin des récoltes, les paysans lobi
sortent de leur isolement ; la fréquentation
des marchés s'intensifient et les hommes
se consacrent alors à la construction
ou à l'entretien des maisons.
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ECONOMIE
& POLITIQUE
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La
solidarité du matriclan
Chez
les Lobi, le matriclan ou "caar",
réunit un très grand nombre
de personnes dont la parenté se traduit
par :
-
Un
même matronyme pour tous les membres
présumés descendre d'un
même ancêtre,
-
Une
certaine communauté des biens destinés
surtout à assumer la reproduction
du groupe par les alliances matrimoniales,
-
Une
responsabilité collective en matière
criminelle et civile, motivée par
le devoir de vengeance,
-
La
vénération d'un même
animal sacré, qu'il est interdit
de tuer et de manger,
-
Le
respect traditionnel d'une variété
spécifique d'arbre qu'il est interdit
de brûler.
Si
les droits d'usage sur la terre, les maisons
et les autels domestiques sont transmis
de père en fils, les droits sur la
terre, la richesse (bétail, numéraire),
les épouses et les droits paternels
se transmettent en ligne utérine.
Le groupe matrilinéaire prédomine
donc dans le domaine économique,
social et politique.
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Autel familial à Nako
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La
force du secret et du sacré
Le
fait que les enfants recoivent le nom de leur
mère a longtemps fait croire à
la seule filiation matrilinéaire. Or
le patriclan, "kuon",
qui n'est révélé aux
enfants qu'au moment de leur initiation,
joue un rôle fondamental sur le plan
rituel (cf. gros plan).
Unité
politique
"Un
singe ne peut pas commander un autre singe"
dit un proverbe Lobi. Rejetant toute forme
de pouvoir central, la société
Lobi, dite "acéphale", n'est
pas pour autant dépourvue d'organisation.
Elle
est, en effet, régie par un responsable
dont l'autorité morale est acceptée
par tous car il est le descendant de l'ancêtre-fondateur,
auquel la terre du village fut concédée.Un
collège, constitué par tous
les chefs de famille, fait office de tribunal
et se réunit pour résoudre des
problèmes précis, son autorité
étant cependant limitée.
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Chef
de famille devant l'entrée du "cuor" |
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APERCU
HISTORIQUE
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Une
société de guerriers
L'éducation
des enfants est tournée vers un
objectif : les préparer à
entrer, vers l'âge de 16, 17 ans,
dans la fratrie des guerriers.
Le
courage est une qualité essentielle
qu'il convient d'exprimer à la
guerre ou pour venger l'honneur de son
clan. Un homme reçoit son premier
arc de son père et il se sépare
rarement de cet attribut viril.
Le
défi Lobi face à la colonisation
La
France prend possession de la région
suite au traité de partage franco-britannique
du 14 juin 1898. Cependant, elle éprouve
des difficultés à imposer
son administration dans le pays Lobi qui
passe pour être le plus inhospitalier
qui soit.
Henri
Labouret, qui prend le commandement de la
région de Gaoua en 1914, entreprend
de "pacifier" la zone et se lance
dans une politique répressive implacable.
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Guerrier
Lobi (Cl. A. Heim, 1934)
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La
"mauvaise bouche"
Le
traumatisme est tel que les anciens, dans
presque tous les villages, ont juré
sur l'honneur qu'aucun de leurs descendants
ne suivraient la voie des Blancs sous peine
de s'exposer à leur malédiction.
"Comment
le Lobi peut-il, sans trahir ses aïeux,
entrer dans le monde moderne qui, pour lui,
est celui des Blancs ? ... Le désir
d'évoluer, malgré tout, s'est
frayé un chemin et l'interdit est devenu
pesant."
Cette
analyse de Madeleine Père, semble donc
aujourd'hui montrer que le Lobi est
à la recherche d'une "seconde
bouche", conciliant tradition et
modernité.
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Album
de photos Henri Labouret |
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US
ET COUTUMES
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Le
culte de la Terre
Il
n'existe pas, chez les Lobi, de chefs de
village. L'unité du groupe repose
essentiellement sur le culte commun que ses
habitants rendent à la déesse
Terre ou "di". Cette divinité
est l'épouse de "Thagba",
le Dieu suprême, créateur de tout
ce qui vit, maître du ciel et de la foudre.
Il la féconde par la pluie et donne les
récoltes. Aucun culte direct ne peut
lui être rendu.
A
chaque village est associé un autel
de la Terre ou "dithil",
généralement situé sous
un arbre, à proximité de la
maison du prêtre de la Terre, le "dithildar".
On
ne saurait recenser tous les cultes rencontrés
en pays lobi tant ils sont nombreux, depuis
la culte de la Terre et des cours d'eau au
culte des ancêtres, en passant par celui
du matriclan, du patriclan mais aussi de la
chasse, du marché etc. |

Case des fétiches à Tobo
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Le culte des ancêtres
La
mémoire des ancêtres permet de
transmettre les traditions culturelles du
groupe. C'est grâce à cette connaissance
qu'un Lobi se sentira véritablement
intégré dans la communauté
où il vit. Il participe ainsi au culte
aux grands ancêtres, les fondateurs
des différents patriclans, ainsi qu'à
celui des ancêtres de son propre lignage
qui ont été jugés dignes
de se rendre au pays des morts et de rejoindre
les grands ancêtres. Leurs représentations,
sculptées dans un bois sacré,
sont posées dans le "thilduu",
la "chambre des puissances", située
à l'intérieur de chaque maison.
"L'attachement
profond à la religion traditionnelle
constitue l'un des traits les plus remarquables
de la société lobi actuelle
et l'échec quasi total des missions
chrétiennes contraste avec la conversion
massive des Dagara. A travers un dialogue
non interrompu entre les vivants et les morts,
les Lobi ont su conserver, plus que toute
autre population voltaïque ou ivoirienne,
leur culture et leur identité, et c'est
sans doute ce qui fait leur charme extrême
pour l'observateur étranger."
(C. de Rouville)
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Autel
situé sur la terrasse d'une maison
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LES
LOBI: article de "l'Encyclopaedia Universalis
"
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"
Encore mal connus, les Lobi peuplent une
région qui s’étend
entre le 9e et le 11e degré de
latitude nord et entre le 5e et le 6e
degré de longitude ouest, de part
et d’autre de la frontière
séparant le Burkina Faso de la
Côte-d’Ivoire, sur la rive
droite de la Volta Noire. Ils forment
une population de 1 million de personnes
environ, en majeure partie (650 000) sur
le territoire ivoirien dont ils représentent
5 p. 100 de la population. Un mouvement
migratoire lent et continu, qui aurait,
selon la tradition, conduit les Lobi de
la Moyenne-Côte au nord du Ghana,
puis, après la traversée
de la Volta Noire vers la fin du XVIIIe
siècle, dans l’actuel territoire
lobi du Burkina Faso, s’est orienté
depuis le début de ce siècle
vers le nord de la Côte-d’Ivoire.
Ces migrations, motivées surtout
par la recherche de terres meilleures,
dépeuplent peu à peu les
villages lobi du Burkina Faso. Sur le
plan culturel, les Lobi se rattachent
aux petits groupes touna et dian, leurs
voisins occidentaux, et aux Birifor, aux
Dagari et aux Wilé, leurs voisins
orientaux, que l’administration
coloniale française et anglaise
ainsi que les premiers ethnographes ont
souvent assimilés aux Lobi. Les
Lobi parlent une langue voltaïque
encore mal identifiée, apparentée
à celle des Dian et tout à
fait distincte des parlers birifor-dagari-wilé
du groupe voltaïque mossi.
Les Lobi vivent principalement de l’agriculture
(mil, maïs, haricots, arachides,
pois de terre, patates douces, ignames,
tomates et, plus récemment, riz
et coton). Les Lobi sont également
éleveurs ; mais les bovins,
ainsi que les moutons et les chèvres,
constituent essentiellement des biens
de prestige, servant aux transactions
matrimoniales et aux sacrifices ;
les vaches ne sont pas traites. La chasse
ne représente qu’une activité
secondaire, fournissant à l’occasion
une nourriture d’appoint. Les produits
de la cueillette n’entrent pas pour
une grande part dans l’alimentation,
en dehors des noix de karité (beurre)
et des fruits du néré.
Considérés par les premiers
ethnographes comme matrilinéaires,
les Lobi forment en fait une société
à filiation bilinéaire avec
accentuation des relations utérines.
Double filiation, à tendance cognatique
en réalité, puisque, dans
les contextes pratiques où les
relations utérines sont accentuées,
un individu relève de deux groupes :
le matrilignage de sa mère d’une
part, le matrilignage de son père
d’autre part. Le clan maternel porte
un nom qui lui est propre, à caractère
totémique, et qui est composé
de deux moitiés exogames à
fonction politique et matrimoniale :
les Wo (considérés comme
« purs » Lobi) et
les De (d’origine étrangère,
captifs ou réfugiés).
Eux-mêmes largement segmentés,
les clans matrilinéaires sont considérés
comme issus de la segmentation de quatre
grandes familles originelles : Kambou,
Da, Hien et Palé, que l’on
retrouve chez les Birifor, les Dagari
et les Wilé. Ces quatre familles
sont associées deux à deux
en « relations de plaisanterie ».
Le clan patrilinéaire possède
aussi un nom et peut être localisé ;
du vivant du père, la résidence
est patrilocale ; après le
décès du père, elle
devient avunculocale ; le clan de
la lignée patrilinéaire
joue un rôle prédominant
dans le rituel d’initiation du dioro.
Quant à l’héritage,
il est transmis dans les deux lignées
de façon différenciée :
la terre, la maison, les fétiches
personnels sont hérités
en ligne patrilinéaire ; les
biens meubles en ligne matrilinéaire.
Avant la colonisation, les conseils de
village, constitués des chefs de
famille, étaient les seules institutions
proprement politiques ; aujourd’hui,
malgré la mise en place par l’administration
de chefs de canton et de village, la structure
politique traditionnelle s’est maintenue
dans ses grandes lignes. Elle dérive
largement de l’organisation religieuse :
au niveau du village, en effet, la communauté
territoriale a à sa tête
un chef religieux, prêtre de l’autel
de la Terre et descendant en ligne patrilinéaire
du premier occupant du sol. Ce prêtre,
qui a la responsabilité du maintien
des bonnes relations avec la terre, assure
donc le bien-être de la communauté.
Les Lobi ont conservé presque intacte
leur religion traditionnelle : l’un
des aspects les plus remarquables de celle-ci,
lié au culte de la Volta Noire,
est le dioro, ensemble de cérémonies
se déroulant tous les sept ans
et s’étalant sur deux ans ;
les rites principaux, au cours desquels
garçons et filles de dix à
quinze ans sont initiés, ont lieu
au bord de la Volta ; mais, plus
qu’une simple initiation, le dioro
concerne la société tout
entière et, en particulier, semble
commémorer la traversée
mythique de la Volta par des ancêtres
lobi venus du Ghana et leur lente « marche »
jusqu’aux villages actuels."
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