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LE PAYS LOBI :      géographie, histoire et société 
 

SITUATION GEOGRAPHIQUE
 
ECONOMIE & POLITIQUE
APERCU HISTORIQUE
US & COUTUMES
LES LOBI: Article de "L'ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS"

SITUATION GEOGRAPHIQUE
 

Le pays Lobi 

 

 

Répartition du peuple Lobi et de leurs voisins

Le pays Lobi est situé entre 9° et 11° de latitude nord et entre 2°30' et 4° de longitude ouest. Il s'étend sur le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso. Le terme "Lobi" désigne un ensemble de groupes ethniques dont les principaux sont les Birifor, les Dagara, les Gans et les Lobi proprement dits. Tous originaires du Ghana, ils ont traversé le fleuve Mouhoun à partir de la fin du XVIIIème siècle pour s'établir, en vagues successives, à l'intérieur du pays, à la recherche de terres fertiles. Ils forment aujourd'hui une population d'environ 160 000 habitants, dont la majorité vit au Burkina Faso.

Tout en parlant des langues très différentes, Lobi, Birifor et Dagara partagent de nombreux traits culturels. L'un des traits les plus frappants concerne la division de la société en quatre matriclans :

Lobi Kambou Hien Da Somé/Palé
Birifor Kambiré Hien Da Somé/Palenfo
Dagara Kambiré Hienbé Da Somé
Environnement

Le pays lobi se situe dans la zone climatique dite sud-soudanienne. Cette région du sud-ouest du Burkina, très vallonée, est drainée par de multiples petits cours d'eau.

En parcourant le pays pendant la saison des pluies, le visiteur sera séduit par les couleurs éclatantes et les grands espaces humides et verts. Ca et là, il sera frappé par d''imposantes constructions en terre émergeant des hautes herbes: les " cuor ", habritant des familles souvent polygames. Il ne trouvera pas grand-monde à la maison, toute la famille étant occupée aux travaux des champs. En effet, les Lobi tirent l'essentiel de leur subsistance de l'agriculture, et en premier lieu de la culture du mil mais aussi du sorgho (qui intervient dans la préparation de la bière de mil), de l'igname, de l'arachide, du maïs (une culture de soudure) et du haricot. Mais dès la fin des récoltes, les paysans lobi sortent de leur isolement ; la fréquentation des marchés s'intensifient et les hommes se consacrent alors à la construction ou à l'entretien des maisons.

 

 

 

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ECONOMIE & POLITIQUE
La solidarité du matriclan

Chez les Lobi, le matriclan ou "caar", réunit un très grand nombre de personnes dont la parenté se traduit par :
  • Un même matronyme pour tous les membres présumés descendre d'un même ancêtre,
  • Une certaine communauté des biens destinés surtout à assumer la reproduction du groupe par les alliances matrimoniales,
  • Une responsabilité collective en matière criminelle et civile, motivée par le devoir de vengeance,
  • La vénération d'un même animal sacré, qu'il est interdit de tuer et de manger,
  • Le respect traditionnel d'une variété spécifique d'arbre qu'il est interdit de brûler.

Si les droits d'usage sur la terre, les maisons et les autels domestiques sont transmis de père en fils, les droits sur la terre, la richesse (bétail, numéraire), les épouses et les droits paternels se transmettent en ligne utérine. Le groupe matrilinéaire prédomine donc dans le domaine économique, social et politique.

 


Autel familial à Nako

La force du secret et du sacré

Le fait que les enfants recoivent le nom de leur mère a longtemps fait croire à la seule filiation matrilinéaire. Or le patriclan, "kuon", qui n'est révélé aux enfants qu'au moment de leur initiation, joue un rôle fondamental sur le plan rituel (cf. gros plan).

Unité politique

"Un singe ne peut pas commander un autre singe" dit un proverbe Lobi. Rejetant toute forme de pouvoir central, la société Lobi, dite "acéphale", n'est pas pour autant dépourvue d'organisation. Elle est, en effet, régie par un responsable dont l'autorité morale est acceptée par tous car il est le descendant de l'ancêtre-fondateur, auquel la terre du village fut concédée.Un collège, constitué par tous les chefs de famille, fait office de tribunal et se réunit pour résoudre des problèmes précis, son autorité étant cependant limitée.


Chef de famille devant l'entrée du "cuor"
  
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APERCU HISTORIQUE
 

Une société de guerriers

L'éducation des enfants est tournée vers un objectif : les préparer à entrer, vers l'âge de 16, 17 ans, dans la fratrie des guerriers.

Le courage est une qualité essentielle qu'il convient d'exprimer à la guerre ou pour venger l'honneur de son clan. Un homme reçoit son premier arc de son père et il se sépare rarement de cet attribut viril.

Le défi Lobi face à la colonisation

La France prend possession de la région suite au traité de partage franco-britannique du 14 juin 1898. Cependant, elle éprouve des difficultés à imposer son administration dans le pays Lobi qui passe pour être le plus inhospitalier qui soit.

Henri Labouret, qui prend le commandement de la région de Gaoua en 1914, entreprend de "pacifier" la zone et se lance dans une politique répressive implacable.

Guerrier Lobi (Cl. A. Heim, 1934)

 

La "mauvaise bouche"

Le traumatisme est tel que les anciens, dans presque tous les villages, ont juré sur l'honneur qu'aucun de leurs descendants ne suivraient la voie des Blancs sous peine de s'exposer à leur malédiction.

"Comment le Lobi peut-il, sans trahir ses aïeux, entrer dans le monde moderne qui, pour lui, est celui des Blancs ? ... Le désir d'évoluer, malgré tout, s'est frayé un chemin et l'interdit est devenu pesant."

Cette analyse de Madeleine Père, semble donc aujourd'hui montrer que le Lobi est à la recherche d'une "seconde bouche", conciliant tradition et modernité.

 

Album de photos Henri Labouret

 
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US ET COUTUMES
 

Le culte de la Terre

Il n'existe pas, chez les Lobi, de chefs de village. L'unité du groupe repose essentiellement sur le culte commun que ses habitants rendent à la déesse Terre ou "di". Cette divinité est l'épouse de "Thagba", le Dieu suprême, créateur de tout ce qui vit, maître du ciel et de la foudre. Il la féconde par la pluie et donne les récoltes. Aucun culte direct ne peut lui être rendu.

A chaque village est associé un autel de la Terre ou "dithil", généralement situé sous un arbre, à proximité de la maison du prêtre de la Terre, le "dithildar".

On ne saurait recenser tous les cultes rencontrés en pays lobi tant ils sont nombreux, depuis la culte de la Terre et des cours d'eau au culte des ancêtres, en passant par celui du matriclan, du patriclan mais aussi de la chasse, du marché etc.


Case des fétiches à Tobo


Le culte des ancêtres

La mémoire des ancêtres permet de transmettre les traditions culturelles du groupe. C'est grâce à cette connaissance qu'un Lobi se sentira véritablement intégré dans la communauté où il vit. Il participe ainsi au culte aux grands ancêtres, les fondateurs des différents patriclans, ainsi qu'à celui des ancêtres de son propre lignage qui ont été jugés dignes de se rendre au pays des morts et de rejoindre les grands ancêtres. Leurs représentations, sculptées dans un bois sacré, sont posées dans le "thilduu", la "chambre des puissances", située à l'intérieur de chaque maison.

"L'attachement profond à la religion traditionnelle constitue l'un des traits les plus remarquables de la société lobi actuelle et l'échec quasi total des missions chrétiennes contraste avec la conversion massive des Dagara. A travers un dialogue non interrompu entre les vivants et les morts, les Lobi ont su conserver, plus que toute autre population voltaïque ou ivoirienne, leur culture et leur identité, et c'est sans doute ce qui fait leur charme extrême pour l'observateur étranger."
(C. de Rouville)



Autel situé sur la terrasse d'une maison


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LES LOBI: article de "l'Encyclopaedia Universalis "
 

" Encore mal connus, les Lobi peuplent une région qui s’étend entre le 9e et le 11e degré de latitude nord et entre le 5e et le 6e degré de longitude ouest, de part et d’autre de la frontière séparant le Burkina Faso de la Côte-d’Ivoire, sur la rive droite de la Volta Noire. Ils forment une population de 1 million de personnes environ, en majeure partie (650 000) sur le territoire ivoirien dont ils représentent 5 p. 100 de la population. Un mouvement migratoire lent et continu, qui aurait, selon la tradition, conduit les Lobi de la Moyenne-Côte au nord du Ghana, puis, après la traversée de la Volta Noire vers la fin du XVIIIe siècle, dans l’actuel territoire lobi du Burkina Faso, s’est orienté depuis le début de ce siècle vers le nord de la Côte-d’Ivoire. Ces migrations, motivées surtout par la recherche de terres meilleures, dépeuplent peu à peu les villages lobi du Burkina Faso. Sur le plan culturel, les Lobi se rattachent aux petits groupes touna et dian, leurs voisins occidentaux, et aux Birifor, aux Dagari et aux Wilé, leurs voisins orientaux, que l’administration coloniale française et anglaise ainsi que les premiers ethnographes ont souvent assimilés aux Lobi. Les Lobi parlent une langue voltaïque encore mal identifiée, apparentée à celle des Dian et tout à fait distincte des parlers birifor-dagari-wilé du groupe voltaïque mossi.
Les Lobi vivent principalement de l’agriculture (mil, maïs, haricots, arachides, pois de terre, patates douces, ignames, tomates et, plus récemment, riz et coton). Les Lobi sont également éleveurs ; mais les bovins, ainsi que les moutons et les chèvres, constituent essentiellement des biens de prestige, servant aux transactions matrimoniales et aux sacrifices ; les vaches ne sont pas traites. La chasse ne représente qu’une activité secondaire, fournissant à l’occasion une nourriture d’appoint. Les produits de la cueillette n’entrent pas pour une grande part dans l’alimentation, en dehors des noix de karité (beurre) et des fruits du néré.
Considérés par les premiers ethnographes comme matrilinéaires, les Lobi forment en fait une société à filiation bilinéaire avec accentuation des relations utérines. Double filiation, à tendance cognatique en réalité, puisque, dans les contextes pratiques où les relations utérines sont accentuées, un individu relève de deux groupes : le matrilignage de sa mère d’une part, le matrilignage de son père d’autre part. Le clan maternel porte un nom qui lui est propre, à caractère totémique, et qui est composé de deux moitiés exogames à fonction politique et matrimoniale : les Wo (considérés comme « purs » Lobi) et les De (d’origine étrangère, captifs ou réfugiés).
Eux-mêmes largement segmentés, les clans matrilinéaires sont considérés comme issus de la segmentation de quatre grandes familles originelles : Kambou, Da, Hien et Palé, que l’on retrouve chez les Birifor, les Dagari et les Wilé. Ces quatre familles sont associées deux à deux en « relations de plaisanterie ». Le clan patrilinéaire possède aussi un nom et peut être localisé ; du vivant du père, la résidence est patrilocale ; après le décès du père, elle devient avunculocale ; le clan de la lignée patrilinéaire joue un rôle prédominant dans le rituel d’initiation du dioro.
Quant à l’héritage, il est transmis dans les deux lignées de façon différenciée : la terre, la maison, les fétiches personnels sont hérités en ligne patrilinéaire ; les biens meubles en ligne matrilinéaire.
Avant la colonisation, les conseils de village, constitués des chefs de famille, étaient les seules institutions proprement politiques ; aujourd’hui, malgré la mise en place par l’administration de chefs de canton et de village, la structure politique traditionnelle s’est maintenue dans ses grandes lignes. Elle dérive largement de l’organisation religieuse : au niveau du village, en effet, la communauté territoriale a à sa tête un chef religieux, prêtre de l’autel de la Terre et descendant en ligne patrilinéaire du premier occupant du sol. Ce prêtre, qui a la responsabilité du maintien des bonnes relations avec la terre, assure donc le bien-être de la communauté. Les Lobi ont conservé presque intacte leur religion traditionnelle : l’un des aspects les plus remarquables de celle-ci, lié au culte de la Volta Noire, est le dioro, ensemble de cérémonies se déroulant tous les sept ans et s’étalant sur deux ans ; les rites principaux, au cours desquels garçons et filles de dix à quinze ans sont initiés, ont lieu au bord de la Volta ; mais, plus qu’une simple initiation, le dioro concerne la société tout entière et, en particulier, semble commémorer la traversée mythique de la Volta par des ancêtres lobi venus du Ghana et leur lente « marche » jusqu’aux villages actuels."